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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 12:48
PARTIS POLITIQUES : LE POINT FAIBLE

PAR : MOUNKALA MAHICKA

La mauvaise santé de la vie politique congolaise, sans cesse au bord du chaos, tient pour beaucoup de la défaillance de nos partis politiques, qui ne fonctionnent pas comme ils le devraient en démocratie pluraliste afin d’assurer leur rôle de modérateur social, de sélection de l’élite, de formation de la conscience citoyenne et de lien entre les populations et le gouvernement. Le problème n’est pas tant dans l’absence de programmes comme on le croit souvent, mais bien dans la perversion (volontaire ou due à l’ignorance) de ce que nous croyons être des partis, mais qui ne sont en réalité que des groupes d’intérêts et des clubs de soutien. Ceci est vrai pour les partis de la majorité comme pour ceux de l’opposition.

Les politologues Joseph La Palombara et Myron Weiner ont établi en 1966, les critères qui font depuis autorité pour définir si une organisation qui se prétend « parti politique » dans un système démocratique et pluraliste en est bien un.

Un parti politique selon cette classification, est une organisation qui se caractérise par :

  1. la volonté délibérée de prendre et exercer le pouvoir, seuls et avec d’autres. Lorsqu’il tente simplement d’influencer le pouvoir il s’agit d’un groupe de pression. Quand il ne cherche qu’à s’y arrimer, il s’agit plutôt d’un groupe d’intérêt ;
  2. C’est une organisation durable, c’est-à-dire dont l’espérance de vie politique est envisagée supérieure à celle de ses dirigeants. Lorsqu’il est lié à son ou ses dirigeants (ce qui est trahi par sa propagande sur un homme, ou son organisation financière et structurelle dépendante), il s’agit en réalité d’un club de soutien ;
  3. le souci de rechercher un soutien populaire à travers les élections ou de toute autre manière ;
  4. la contribution à la formation de la conscience politique. Ceci implique l’existence d’un débat permanent sur tout sujet de société. Le débat est à la fois au sein des instances du parti, et entrainé dans le grand public car un parti est constitué de membres actifs (les acteurs de ses organes locaux et nationaux), des membres passifs, et pour le plus grand nombre, des sympathisants. Ces derniers qui peuvent constituer 99% de l’électorat ou du soutien (contrairement aux idées reçues qui pensent que ce sont les membres), ne peuvent s’intéresser et sympathiser qu’au travers du débat qui leur est porté régulièrement et pas seulement sur les déclarations officielles. C’est le travail d’intéressement de l’opinion.
  5. la représentation de la volonté des citoyens. En effet, un parti n’est pas la voix de son leader qui donne le chemin que doit suivre le peuple, mais bien au contraire, il est l’expression représentée d’un courant ou d’une frange populaire donnée dans la société, que ses leaders tentent d’incarner au mieux. Les partis politiques font le lien entre les citoyens et le sommet de l’État et assurent symboliquement la cohérence entre la volonté des citoyens et l’action des gouvernants.
  6. La concurrence interne entre les courants au sein du même parti et externe vis-à-vis des autres partis. Sans courants, le parti est l’objet d’un homme ou d’une caste et le rôle de sélection des élites politiques (candidats à proposer notamment) est transformé en promotion des courtisans. Sans concurrence externe (lutte de positions nationales), un parti est en autarcie et ne remplit plus son rôle à la conquête du pouvoir.

Ainsi, si pour Max Weber les partis politiques sont des organisations d’intérêts directs pour les dirigeants qui obtiennent postes et mandats, et pour leurs supporteurs qui en attendent des avantages généraux, les approches modernes considèrent plutôt les partis comme des « entreprises politiques » produisant sur un « marché politique » des « biens politiques ». Comme toute entreprise, ils obéissent à la loi de l’offre et de la demande, sont contraints à dominer le marché ou un segment de celui-ci, soumis à une obligation de résultats, opèrent par la communication pour assurer la présence et la promotion de leurs produits. Ils œuvrent collectivement pour que l’environnement de leur action soit concurrentielle et excluant tout monopole.

Les revendications sociales étant la demande dans ce marché, les partis servent donc avant tout de « canalisateurs des mécontentements des citoyens », comme le souligne Maurice Duverger. En prenant à leur compte les revendications d’une partie des citoyens, ils en deviennent les interlocuteurs organisés. Les doléances sont donc intégrées, gérées, politisées, plutôt que de les laisser dégénérer en conflit peuple/gouvernants, incontrôlé. Ainsi, un parti qui refuse de porter les réclamations exprimées par tout ou partie du peuple, favorisera plus les violences politiques parce que ceux qu’il est sensé représenter ne l’étant pas, vont agir à leur gré de manière désordonnée donc pouvant conduire à la violence. En revanche, un parti qui exclame ses plaintes, contribue à la paix sociale.

Par exemple, si le Front national n’existait pas en France, les crimes racistes y seraient de plus forte ampleur.

Ainsi, les partis de la majorité au Congo qui pensent que cette appartenance au camp des gouvernants signifie ne rien dire de ce qui ne va pas ou de ce que clame le peuple (confusion entre solidarité gouvernementale ou parlementaire et responsabilité partisane), ne servent plus ce rôle de canalisateur des pulsions sociales. A fortiori lorsqu’ils interdisent le débat tant en interne qu’à l’extérieur. Il laisse les populations sans canalisateur qui s’assume et une réaction diffuse s’en suit.

Les partis restent les principaux animateurs du débat politique. Dans un monde d’hypermédiatisation (internet, télévision, presse écrite, téléphonie…), ils réagissent à chaud aux événements, analysent en permanence la situation du pays l’évaluant en fonction de leurs valeurs de référence, exposent la diversité argumentaire et humaine en leurs seins, acceptant et même provoquant la contradiction interne afin que chaque frange de la population cible trouve son répondant, ils disent les solutions qu’ils proposent pour faire face aux problèmes du moment et critiquent les projets et réalisations des autres mouvements. Toute cette activité a pour but d’aider les citoyens à se forger une opinion et donc de s’attirer les plus larges sympathies.

Ayant compris que la démocratie et la stabilité en Afrique sont freinées par le mauvais jeu social dû à la défaillance des organisations actrices (société civile, partis, syndicats), la fondation Jimmy Carter a initié une étude à laquelle j’ai eu l’honneur d’être associé, portant sur la possibilité de créer des partis politiques en Afrique sur le modèle des compagnies multinationales à franchise, comme McDonald. Imaginez des partis politiques qui s’implantent dans plusieurs pays, bâtis sur le même modèle, ayant un code de communication identique, un cahier des charges strict et unique pour son fonctionnement, ses procédures, sa sélection des élites, sa gestion du pouvoir…etc, un suivi des objectifs et des résultats, une garantie d’arbitrage interne par la maison mère, qui est une fondation où siègeront des anciens présidents, anciens PDG, hommes de cultures, de l’environnement ou du social africains et qui se chargent également d’assurer le financement de ces partis politiques ainsi que les liens entre eux. Un moyen d’accoutumer les africains à la rigueur, l’impersonnalité et à la culture de tenir correctement le rôle capital que doivent avoir les partis. Ce travail est en cours.

La politique a ses règles universelles. La politique intuitive, ou « intelligence du village » comme on dit chez nous, et que Socrate appelait la « doxa » (argumentaire basé sur des présupposés paraissant réels, mais non justifiés) a ses limites dans une nation qui dépasse le cadre d’une bourgade ou tout le monde se connait plus ou moins. Ici, l’art de la cité nécessite quelques applications scientifiques. Comme il est difficile pour un profane d’imaginer que sur notre économie si peu intégrée on puisse calculer avec précision le Produit Intérieur Brut aussi aisément que sur l’économie suisse ou japonaise – on le fait bien néanmoins – on peut comprendre que l’on soit septique à l’application des théorèmes de Platon au pays de Marien. Et pourtant ! Le Congo n’a inventé ni la tyrannie armée, ni le tribalisme, ni le clientélisme, ni l’approche mystique du pouvoir… Tout ceci s’encadre dans les milliers de cas expérimentés et étudiés depuis bientôt 2500 ans, nos particularismes culturels n’y échappent pas.

Il nous faut combattre le prétexte de notre spécificité africaine qui sert d’improvisations malencontreuses à beaucoup de nos dirigeants, qui rejettent le savoir prouvé sans l’approcher.

Ainsi, l’idée que c’est le chef du parti, leader éclairé ou homme-guide qui imagine et dicte la voie aux militants, est une perversion dangereuse du rôle d’un parti politique en démocratie pluraliste, qui le transforme en club de soutien. Un parti c’est l’inverse.

L’idée qu’il ne doit pas y avoir de contradictions au sein d’un parti ou s’il y’en a qu’elles doivent rester secrètes, est totalement contre-productive pour la démocratie et pour l’adhésion des masses. Le débat c’est la vie du parti. Son appropriation, c’est la sympathie populaire et la juste promotion des élites.

L’autocensure des partis qui ne rapportent aucune complainte populaire ou se refusent de les assumer publiquement au nom de la peur ou des alliances de pouvoir, est le meilleur chemin vers les confrontations violentes car ces partis ne jouent plus leur rôle.

Les partis bâtis autour d’une personne inamovible, pourvoyeuse de fonds, candidat naturel aux meilleurs postes, sont des poisons démocratiques.

Comme toute révolution humaine, le renouveau doit partir des bases de ces mouvements vers le sommet : c’est aux militants en effet de rechercher à transformer les groupes d’intérêts claniques et clubs de soutien personnalisés en véritables partis politiques pour un intérêt plus largement partagé.

Une vraie loi sur les partis politiques devrait intégrer les exigences de l’ensemble de ces critères, leur contrôle prévu, afin de garantir une vie politique équilibrée et concourant au progrès comme à la paix sociale dans notre pays.

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Published by Patrick Eric Mampouya
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