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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 00:43

Une "certaine" Conception d’un Etat Démocratique est à l’Origine de la Crise de Représentation Démocratique au Congo Brazzaville

Par Timothée M’BEMBA 

luvuentendu.jpgL’Etat congolais comme tous les Etats nés de la colonisation est "une institution juridique arbitrairement définie, et essentiellement identique à l’Etat de lointaine naissance". Ces Etats ont adopté les modèles institutionnels par mimétisme constitutionnel. Au-delà d’une instabilité politique qui a suivi indubitablement le processus d’intégration de ces sociétés sociologiquement hétérogènes, une tendance vers un nouveau constitutionnalisme s’est affirmée et est révélatrice d’une conception différente de l’Etat.

Dans l’usage courant, le vocable "Etat" reste ambigu puisqu’on lui reconnaît deux significations valables : "les uns voient dans l’Etat, une société, une forme de vie collective, une certaine manière d’être des communautés humaines ; les autres limitent l’Etat à l’un des éléments, à un pouvoir, à une organisation de la contrainte, à un appareil de la coercition ou de coopération forcée".

L’autre aspect de l’Etat est son assise territoriale : au million d’hommes, répondent des millions ou des milliers de kilomètres carrés. La rencontre d’une population et d’un territoire adéquat peut engendrer une communauté naturelle, elle ne crée pas d’elle-même un Etat.

A cet égard, il faut écarter, comme scientifiquement non fondé, un certain déterminisme géographique. Le lien étroit de la terre et de l’Etat n’entraîne pas le passage obligatoire de l’unité physique à l’unité politique. En fait, "l’instinct national, s’il est un facteur politique puissant, il est par lui-même dépourvu des moyens de constituer l’unité politique qu’est l’Etat". (V.S. Chevalier, l’Etat-nation).

Le pouvoir, par ses forces de persuasion et de contrainte, construit l’Etat. Ce pouvoir, élément formateur, est aussi le facteur permanent de cohésion de la société politique, qui est une association obligatoire pour ses membres lui appartenant pour d’ordinaire, non pas par adhésion, mais par situation. On ne choisit pas d’ordinaire son Etat, on y naît, on y vit, on y meurt, parfois même on meurt pour lui. Le pouvoir, lui seul, est en mesure de faire jaillir de l’unité sociale plus ou moins spontanée et formée par la vie commune sur un même sol, l’unité politique et juridique qu’est l’Etat. 

On doit plutôt penser qu’un Etat naît, non de l’unité géographique, mais de la diversité.  "Tous les Etats sont des amalgames, des fragments, des assemblages de morceaux détachés des régions naturelles diverses, qui se complètent les  uns les autres et qui se cimentent, et qui font une unité réelle de leur diversité associée". (L. Febvre, la terre et l’évolution humaine, introduction géographique à l’histoire).

Alors le destin unitaire d’un Etat reste incertain si une volonté puissante etconstante ne s’exerce à un moment donné sur les éléments "plastiques" de l’Etat. C’est grâce à elle que naît un Etat. La population fournit la substance à laquelle l’Etat donne sa forme.

Aujourd’hui, les Congolais sont confrontés à une situation politique imméritée. La crise de la démocratie représentative que traverse notre pays est née d’une "certaine" conception d’un Etat démocratique.

Lorsque dans un Etat démocratique, le pouvoir n’est plus capable d’assurer sa mission de justice, au plus haut sommet de l’Etat, la société toute entière est sous le coup d’une rivalité sociale négative pour le plus grand nombre, et surtout pour ceux de plus en plus nombreux, qui en sont exclus. L’Etat rentre alors en crise. Son autorité est de plus en plus remise en question et perd pour autant sa légitimité. Les citoyens, quand ils ne refusent pas la démocratie, en transforment profondément la signification. L’intérêt général n’est plus perçu comme une fin en soi. L’Etat ne peut rien demander au nom d’un intérêt général de plus en plus problématique. L’état ne peut même plus exiger de faire et de se préparer à faire la guerre. L’idée de sacrifice pour l’Etat et la collectivité entre en crise profonde de légitimité. Les individus ne s’identifient plus à la communauté nationale. L’idée de patriotisme s’efface, c’est à dire l’exigence du sacrifice personnel au profit du bien commun. 

La question de ce décalage dans un état démocratique exige donc des corrections permanentes par des revendications et des luttes pour les faire aboutir. Or ces luttes ne peuvent aboutir que si les citoyens ont la possibilité de s’exprimer directement et de participer et éventuellement de contrôler, à la limite de contester le travail des élus.  Donc, l’exigence de la démocratie délibérative est à la source de la formation de l’opinion, et en conséquence de la démocratie électorale et représentative.

Il devient donc nécessaire, face à ces contradictions qui animent la vie démocratique, de savoir quel usage il conviendrait de faire de l’idée de la démocratie électorale et représentative pour qu’elle ne soit pas purement un mythe.

Il est clair que la démocratie indirecte présente des limites dès lors que la représentation est manipulée par un mode de scrutin et un fonctionnement des partis qui tendent à réduire les expressions minoritaires et à substituer une politique politicienne et démagogique qui caresse dans le sens du poil, les penchants collectifs hétérogènes et plus souvent irréalistes, voire dangereux pour la paix civile pour gagner contre l’adversaire, à la place d’une politique réelle qui pose des questions de fond.

La procédure de la représentation est toujours menacée de détournement au profit d’une caste politique aux intérêts de pouvoir propres. Un tel détournement est susceptible de conduire les citoyens à se détourner de la vie politique, voire à contester même l’idée de représentativité au profit de la rue, ou dans les cas d’extrême détresse politique et sociale, de l’influence d’un chef qui tente de mythifier la vie politique autour d’une image charismatique classique du chef incontestable, sinon  incontesté, et exploite cette détresse.

Pour sortir de cette impasse, Il sied de développer les médiations discursives entre les citoyens et les représentants élus en édifiant des instances du débat public raisonné dans lesquelles les différentes options pourront envisager pour permettre aux citoyens de prendre conscience des termes des débats sociaux et de leurs enjeux.

Ce faisant, pour éviter les illusions, il faut faire participer les citoyens au débat politique raisonné, sachant que les choix à faire sont toujours des défis incertains sur l’avenir et qu’ils peuvent échouer non seulement par la faute des dirigeants, mais aussi par la résistance des rapports de forces sociales, qui n’a pas été suffisamment prise en considération dans la définition des objectifs et des programmes.

En plus, la pratique des partis politiques et des syndicats devra aller dans ce sens pour renforcer la démocratique indirecte, et par conséquent, limiter le risque de voir la réaction contre la démocratie se transformer en un refus violent de la démocratie. Il est nécessaire de privilégier une optique plus pragmatique qu’idéologique de la vie politique. 

Deux visions philosophiques de la politique s’affrontent. Une vision qui voit une élite qui connaît à priori ce qui relève du bien commun et cela contre les opinions spontanées de la foule, qui sont nécessairement particulières et illusoires. Une autre vision de la politique qui considère qu’il n’ y a pas de vérité exclusive possible en politique, que toute opinion argumentée et rationalisée participe d’une justesse politique à construire par un examen critique dans le but de déterminer ce qui est conforme à l’intérêt du plus grand nombre, ce qui convient à savoir, et ce qui est à la fois souhaitable et possible dans telle ou telle situation concrète complexe.

Cette position est plus démocratique et suppose un débat public permanent raisonné et correctif pour décider de ce qui est convenable. Vu sous cet angle, un choix politique est toujours celui d’un moindre mal et la définition de celui-ci peut et doit évoluer, car une majorité peut être remplacée par la minorité de demain qui devient une nouvelle majorité, et ça, les gouvernants le savent. L’arbitraire de leur pouvoir est limité et non supprimé par le pouvoir de voter des citoyens.

S’il ne peut y avoir de vérité unique et claire en politique démocratique, pas plus qu’il n’y a de peuple unanime, il ne peut y avoir que plus ou moins de justesse, à savoir que des essais, des erreurs et des correctifs fréquents plus ou moins risqués et avantageux pour le plus grand nombre. Une démocratie indirecte se gouverne toujours plus ou moins au centre pour lui convenir. Encore faut-il qu’il y ait très peu de pauvres et de très riches et qu’une mobilité sociale effective puisse donner à tous l’espoir et le désir de progresser.

Le Choix de la démocratie indirecte est vital pour la survie de notre république. Le grand avantage de cette démocratie est le maintien d’un jeu politique ouvert entre ces intérêts et valeurs divergents. Elle permet aux citoyens de chasser les dirigeants qui ne leur conviennent plus à un moment donné. Elle assure donc aux citoyens un pouvoir de contrôle et de sanction, indispensable à l’adaptation souple de la politique concrète aux désirs évolutifs du plus grand nombre. Elle permet aussi de corriger les excès de pouvoir ou les tentatives extrémistes qui auraient la prétention de résoudre définitivement les contradictions inhérentes à la vie sociale.

La faiblesse de la démocratie indirecte réside dans son incohérence à long terme, car toute majorité peut défaire ce que la majorité antérieure a fait. Mais, cette incohérence est elle-même modérée par le souci des représentants élus à ne pas se couper de leur base électorale majoritaire ou temporairement minoritaire pour la réélection, et aussi du fait que les luttes politiques ne cessent pas après les élections et que de surcroît les citoyens et les organisations politiques ou syndicales qui les représentent, peuvent se mobiliser, y compris dans la rue, contre telle ou telle décision qu’ils estiment injuste.

Ainsi la démocratie réelle se définit d’abord par les droits de l’homme et du citoyen qui autorisent et garantissent l’expression plurielle des opinions et les droits de les faire valoir, contre les dirigeants du moment, par des actions de sensibilisation efficaces.

En cela, la démocratie réelle est mieux adaptée aux sociétés individualistes à évolution rapide dont le fondement politique n’est plus traditionnel et qui ont fait du contrat libéral une condition de la légitimité des relations humaines du changement, et donc la condition même de leur existence.

Les sociétés communautaristes traditionnelles sont en général sources de violences et d’échecs sanglants. La démocratie réelle est, non pas exportable, mais importable dans toutes les sociétés qui refusent la solution suicidaire du tribalisme ou de l’ethnicité. 

Cette adaptation sera longue et sinueuse, mais elle est inéluctable pour préserver les chances de la survie de la république contre l’internationalisation irréversible des conflits engendrée par la mondialisation.

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Published by PatrickEric - dans Politique
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