Mercredi 13 juin 2012 3 13 /06 /Juin /2012 00:51

 Une Atteinte Quotidienne aux Libertés Publiques

Par Annette KOUAMBA MATONDO

luvuentendu.jpg On n’y prête plus attention. Les nuisances sonores (dans les débits de boissons et petits bistrots de la place), ce fléau qui sévit dans les villes congolaises fait désormais partie du quotidien des Brazzavillois. A l’origine des disputes et bagarres entre les consommateurs, voisins, ce phénomène est aussi à la base de plusieurs maladies (maux de têtes, tension artérielle, crise cardiaque comme en témoignent certains riverains de ces nouveaux bars communément appelée Nganda).

Tapages nocturnes dans les bars et Ngandas de la place, radios Matanga (espèce de grosses baffles qui crachent de la musique à travers des hauts parleurs tout au long de la soirée lors des veillées mortuaires), veillées de prières dans les églises, cris et disputes des passagers aux heures tardives dans les ruelles, bruits excessifs des télévisions et radios provenant des ciné clubs… La liste est longue.

"J’habite à coté d’un bar et ce n’est pas toujours évident pour moi de lire dans la soirée. J’ai donc trouvé une stratégie pour ne pas être dérangé par les cris des danseurs et de la musique. Je me lève très tard dans la soirée et je fais mes devoirs, l’inconvénient de ce rythme est que je suis vraiment fatigué le matin", fait savoir Eric SOUAMI, habitant de Mpissa, en classe troisième qui avoue que ce débit de boissons à proximité de sa maison est un véritable poison pour sa vie estudiantine.

Certains bars s’érigent du jour au lendemain dans un coin de la place, au détour d’une ruelle, devant un kiosque. "Mon voisin dont je tairai le nom, a décidé d’un coup de tête d’ériger un bar sans prendre la peine de nous consulter", s’emporte Mireille, enseignante d’une cinquantaine d’années qui avait décidé de porter plainte auprès du chef du quartier, mais elle en a été dissuadée par ses proches : "De toute façon, comme le dit mon mari, cette plainte serait sans suites dans la mesure où les pouvoirs publics ne s’en préoccupent pas, à voir le nombre de Ngandas qui poussent comme des champignons dans la ville", fait savoir mémé Mimi (comme l’appellent ses petits fils), décidée à vider son sac.

Des cas qui ne sont pas isolés

Ursule MBOUNGOU, douanière et ayant un nouveau-né à la maison est angoissée chaque soir à l’idée des disputes, bagarres et bruits qui sortent du bar de son voisin. "Admis à la retraite, mon voisin a longtemps vendu la boisson pour le bonheur de ses voisins mais il s’est transformé en montre en passant du statut du simple vendeur de boissons à l’enseigne de Nganda", a fait savoir cette dernière qui ne comprend pas ce phénomène et s’insurge du silence des pouvoirs publics qui ne prennent pas non plus de décisions en ce qui concerne les radios Matangas (baffles géantes qui diffusent de la musique au travers des haut-parleurs) lors des veillées mortuaires.

"Ce n’est pas que je sois insensible au deuil des autres, au contraire. Mais vraiment, souffrant d’hypertension artérielle, ce bruit me met tout simplement hors de moi, en plus il empêche mon bébé de s’endormir, résultat, nous veillons toute la soirée et le matin je suis extenuée, mais je dois aller travailler. C’est franchement invivable, le gouvernement doit prendre des mesures conséquentes pour venir à bout de ce phénomène", explique cette jeune dame, les yeux tirés par la fatigue.

Suite aux plaintes des populations proches de ces bars et à la recrudescence des comportements inciviques dans ces Ngandas, François IBOVI et Pierre OBA respectivement ministre de l’Administration et de la Décentralisation du Territoire et ministre de la Sécurité de la Police, ont conjointement signé une circulaire relative à l’ordre public.

Une loi dont les dispositions, ont un objectif : garantir les libertés fondamentales. Cette loi pointe du doigt les responsables des débits de boissons et des tenants des activités culturelles. En effet, la loi 033/91 du 23 avril 1991 relative à la protection de l’environnement, qui complète la loi du 05 avril 1884 relative à la police municipale et à l’ordre public interdit tout bruit causant une gène pour le voisinage ou nuisible à la santé de l’homme.

"S’il existe une législation pour punir ces comportement inciviques, elle ne sert pas à grand-chose car elle est méconnue de la population congolaise. De ce fait, beaucoup de Congolais souffrent en silence, en attendant la fermeture d’un bar, d’un restaurant ou d’une église, par exemple", s‘insurge Eugène MOUANGA, membre de l’Association des Jeunes Sociologues (AJS). "Les nuisances sonores constituent en effet une atteinte à la tranquillité publique, c’est-à-dire au repos paisible des habitants et de leur santé. Aussi, la tranquillité publique doit faire l’objet d’une surveillance toute particulière de la part des services d’ordre" conclut-il.

Aucun bruit ne peut donc dépasser l’environnement d’exercice d’une activité quelconque, sauf autorisation expresse de l’autorité compétente précise l’article 61 de la même loi.

Des exigences qui ont du mal a être appliquées sur le terrain comme l’explique monsieur Moise, habitant de Makélékélé : "On peut porter plainte auprès du chef du quartier, au commissariat, mais on se rend vite compte que ces personnes appelées à appliquer la loi sont de connivence avec les responsables de débits de boissons. Et comment voulez-vous que ce phénomène stoppe ?"

A ce jour, malgré quelques fermetures de quelques bars, les sempiternelles revendications des citoyens sont restées lettres mortes.

"En outre l’implantation anarchique des églises dans les quartiers de Brazzaville, fait que les citoyens sont obligés de supporter les alléluia par ici des cris des pleurs de délivrance par là, des transes suivies des louanges interminables", renchérit Brunel, étudiant en faculté de droit et désireux de voir disparaître toutes ces constructions et espérant de tout son cœur que l’article 60 interdisant ce bruit entre enfin en vigueur.

Pour arriver à cette étape, comme le fait savoir Brunel, "il est actuellement impératif que le gouvernement organise des campagnes de sensibilisation pour une meilleure connaissance de ces lois".

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Le Paradoxe de la Pauvreté dans la Croissance Economique

Par Noël KODIA

Mal partie depuis les indépendances selon René DUMONT, l’Afrique, après une période aléatoire des années 70 et 80, commence à se redresser économiquement. Le Congo Brazzaville pour sa part connait ces dernières années un essor économique (avec un PIB par habitant de 4000 dollars, soit plus d’un million de francs CFA) qui malheureusement ne profite pas totalement aux populations : 70% des Congolais vivent avec moins d’un dollar par jour. Pourquoi ce paradoxe dans un pays riche et en croissance ?

Etat des lieux : pauvreté sur le plan sanitaire et éducatif

Le Congo Brazzaville connaît l’un des taux de mortalité infantile les plus élevés au monde avec une prévalence de 69% et avec la résurgence des maladies presque éradiquées il y a quelques années comme la poliomyélite et le choléra.

En matière de santé, les dépenses ne dépassent guère les 3% du budget. Au niveau de l’éducation, les royalties provenant de la commercialisation du pétrole n’ont pas vraiment un impact louable sur la population ; le taux de scolarité de 99% en 1960 est passé aujourd’hui à 86% (statistiques de 2006-2007).

Le Congo Brazzaville qui consacrait 10% de son budget à l’éducation dans les années 60, n’en réserve plus que 4%. En cinq décennies d’indépendance, le budget congolais a connu une croissance exponentielle, surtout au cours de ces dernières années avec la rente de l’exploitation du bois et du pétrole. Mais malgré le PIB qui avoisine celui de certains pays émergents, le pays peine à améliorer le social de ses populations.

Esquisse d’explication de ce paradoxe

Avec une croissance fondée essentiellement sur la rente du bois et du pétrole, celle-ci ne peut qu’être très inégalitaire. Cette exploitation ne bénéficie en effet qu’à ceux qui profitent de ces secteurs, et avec des effets d’entraînement faibles, les dividendes réservés à la population s’avèrent maigres.

Pour qu’il y ait un vrai développement, il faut une politique d’entreprenariat qui, dans sa mise en œuvre, favoriserait l’échange et la division du travail, saines fondations d’une croissance solide et durable.

Cette politique manque malheureusement au Congo Brazzaville : selon la Banque mondiale et d’après les indicateurs de corruption de Doing business, le Congo Brazzaville est classé 181ème place sur 183 pays.

Bureaucratie pléthorique, odieuse et même tribaliste. Les Congolais aspirent en majorité à devenir agents de l’administration publique. Or un tel modèle étouffe le développement qui devrait se réaliser par le biais de l’entreprise. Dans les institutions économiques du pays, la corruption se présente comme source de difficultés pour lancer des projets.

Seuls les multinationales ou les réseaux d’investisseurs étrangers ont le pouvoir de négocier avec la bureaucratie corrompue, en faisant fi parfois, notamment pour ce qui est des multinationales de l’extraction, des préoccupations élémentaires des populations.

Un constat amer : l’absence notoire des Congolais dans le secteur du grand commerce (alimentation, pièces de rechange des véhicules, matériaux de construction…) qui est à 90% aux mains des étrangers comme les Ouest-africains, les Libanais et aujourd’hui les Chinois. Sans doute cela peut-il s’expliquer aussi par l’habitude des Congolais ancrés plus dans les activités d’autoconsommation alors que les "autres" se sont toujours remarqués par la recherche d’un ailleurs propice pour le grand commerce.

Dans ces conditions, la corruption appelle la corruption. A ce propos, la Commission de lutte contre la corruption mise en place en 2007, spécifie dans son premier rapport publié le 15 octobre 2011 qu’aucun secteur d’activité (économie, structures publiques, partis politiques, Eglise…) n’est épargné par la corruption.

De 2003 à 2007, quelques 265 marchés publics d’un montant de 82 milliards de francs CFA n’ont pu être exécutés convenablement. La richesse des uns n’entrainant pas celle des autres dans ce jeu à somme nulle, certains Congolais sont obligés de vivre dans la précarité.

Pas d’initiative active à l’entreprenariat

Au Congo Brazzaville, l’essor économique ne peut pas largement profiter aux populations car fondé sur le cercle vicieux de la rente du bois et du pétrole. Et il ne peut y avoir de développement soutenable avec une mal gouvernance des institutions économiques.

De la corruption au niveau de la rente pétrolière, on peut cogiter par exemple sur l’exploitation de cette matière première par les multinationales pendant la guerre de juin 1997, celles-ci n’ayant pas besoin d’un climat sain des affaires que souhaiteraient pourtant les autres entreprises. Elf, par exemple, pouvait pomper le pétrole à sa guise, alors que les institutions économiques du pays étaient paralysées.

Le paradoxe entre l’essor économique et le faible niveau de vie que nous présente le Congo Brazzaville ne peut être effacé que par la lutte contre la corruption qui gangrène les institutions nationales. Celles-ci doivent en même temps assouplir les réglementations trop complexes ou onéreuses qui apparaissent comme un frein à l’éclosion de l’entreprenariat.

Compter sur la rente du bois et du pétrole pour améliorer convenablement le social des Congolais est un leurre car gérée d’une façon opaque par les institutions nationales, souvent "en complicité" avec certaines multinationales.

Le Congo Brazzaville, comme la plupart des pays africains, se trouve confronté aux dégâts causés par l’abus du pouvoir, l’enrichissement illicite, le népotisme, des maux que devraient dénoncer à tout moment les pays partenaires, les ONG qui luttent pour le développement du continent, mais aussi la diaspora congolaise, trop silencieuse.

Par PatrickEric - Publié dans : Culture - Communauté : Les Amis du Congo Brazza
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