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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 15:49

directions.jpgDans tous les pays du monde, dès les premières heures de l’aurore, des femmes et des hommes sillonnent les artères des villes pour faire fonctionner l’économie. L’hyper activité qui gagne la ville de Brazzaville dès les premières heures du matin pourrait faire croire que cette ville est créatrice de richesse, en fait, il n’en ait rien.

Aussi paradoxale que cela puisse paraître, au Congo Brazzaville il n’y a pas d’économie à faire fonctionner donc pas d’emploi à créer, mais il y a le pétrole dont tout dépend.

En effet, dès les premières heures du matin, la seule artère qui désenclave le quartier le plus peuplé de Brazzaville (l’avenue de l’OUA) est pris d’assaut. Tout le monde se discute les quelques kilomètres qui séparent le quartier de Makélékélé et de Bacongo au centre ville.

Taxi, bus, mobylette, engins roulants non identifiables de toutes sortes (brouettes, pousse-pousse, et autres) sont pare-chocs contre pare-chocs, ils se battent à coup de klaxon, d’insultes et de gestes obscènes pour se frayer un chemin ; un brouhaha énorme qui semble vous enveloppé. Ajoutez à cela le nuage de poussière que soulèvent les véhicules et les odeurs malodorantes et vous avez le tableau complet.

Les agents de la circulation tentent avec beaucoup de mal de fluidifier la circulation ; sur les trottoirs toujours recouverts d’immondices et de détritus, c’est la foire d’empoigne entre les piétons qui cherchent à se frayer un chemin en jouant des coudes et les vendeurs ambulants ou sédentaires qui y font tous leurs besoins. Ici le piéton n’est pas prioritaire même sur les trottoirs.

A Brazzaville en effet, chacun peu étaler sa marchandise ou même déféquer et pisser où bon lui semble, sauf sur les artères empruntés régulièrement par le président de la République.

A même le sol, sur le trottoir ou sur des établis de fortune, toutes sortes de "machins locaux ou des choses importés", mais aussi de l’alimentaire et des victuailles sont à vendre, dès l’aube les vendeurs s’affairent car c’est bientôt l’heure de pointe.

Dans les rues adjacentes tout le monde déborde d’activité, des sortes de lupanars pompeusement nommés restaurant ne savent déjà plus où donner de la tête. On y sert dès le matin toutes sortes de mets, du petit déjeuner, des grillades et surtout le bouillon (beaucoup d’eau salé dans laquelle on plonge quelques morceaux de poisson ou de viande) arroser de bière locale.

L’alimentation congolaise est devenue tellement pauvre qu’on retrouve les mêmes plats dans tous ces endroits sans hygiène à la propreté douteuse. Sur les grandes avenues, le passage des véhicules à toute allure soulève de la poussière qui recouvre les aliments crus ou cuits sans que personne ne soit choqué. C'est le charme du Congo et je dois me tropicalisé pour avoir un autre regard me dit-on...

La ville se réveille, il est 6H30.

Au milieu de cette avenue de l’OUA séparée par un terre plein central et délimitée par des profonds caniveaux, véritable bouillon de culture que personne ne prend la peine de nettoyer, se trouve le marché Total, le plus grand marché de la ville, tellement grand qu’il empiète largement sur l’avenue, personne ne peut savoir combien il y a de vendeurs dans ce marché ; d’ailleurs un marché moderne est en construction pour le remplacer mais personne ne connaît la date de la fin des travaux ni même si le nouveau marché pourra contenir tous les vendeurs.

Il faut donner du temps au temps, c’est vrai que ici le temps ne compte pas, le calendrier ne sert qu'à décorer et la montre un simple bijoux.

C’est un miracle si sur cette avenue de l’OUA on ne déplore pas plusieurs morts par jour, rien que sur la portion de l’avenue qui jouxte le marché Total, il n’y a pas moins de trois gares routières, des arrêts de bus, des parkings de stationnement pour taxi, des porteurs avec brouette et des vendeurs ambulants qui virevoltent entre les véhicules et les passants pour vendre leur marchandise.

Il est 7H00, c’est déjà l’heure de pointe, sur la chaussée plus rien ne semble bougé, les objets roulants sont comme immobilisés. Impossible de trouver une seule ruelle sans vendeurs dans toute la ville de Brazzaville, les congolais qui négligeaient le commerce semblent déterminés à investir ce secteur d’activité sauf que ce qu’ils vendent pour la plupart ne peut leur permettre d’avoir des revenus conséquents.

Le marché Total est le haut lieu de la grande et de la petite débrouille. Quelques échoppes pompeusement nommées galeries, souvent gérer par des mauritaniens, des chinois et autres ouest africains tirent quand même leurs épingles du jeux. Le jour, il ne faut surtout pas avoir besoin de faire pipi ou d'avoir la diarhée quand on est dans le marché ; seul les vendeurs savent où se diriger quand on a un besoin urgent.

Il est 7H30, les DJ et les vendeurs de CD piratés ont déjà tourné le volume de leurs sonorisations au maximum pour que leurs musiques frappent dans l’oreille du passant. Le bruit est insupportable entre les querelles des automobilistes qui se disputent le passage, les églises de réveil qui rendent grâce au nouveau jour qui commence et le marchandage des clients déterminés à acheter au prix qu’ils ont décider eux.

La seconde voie défoncée (actuellement en travaux pour permettre à l'ambassadeur de france d'accéder à son domicle de la case De Gaulle) pour sortir de ces deux quartiers surpeuplés est un détour impraticable dont les trous et les crevasses sont régulièrement recouvertes de tout et n’importe quoi. Par endroit, en saison de pluie, il faut quasiment un véhicule amphibi pour sortir des crevasses qui jalonnent la chaussée. Tous ceux qui veulent sortir de ces deux quartiers se retrouvent dans cette unique avenue, l'avenue de l'OUA. C’est vraiment un bordel organisé.

Le goulot d’étranglement entre la voie défoncée et l’avenue de l’OUA se situe au rond point du Centre Culturel Français (CCF). Bloqué cette avenue au niveau du CCF et c’est la moitié de la population de Brazzaville qui est bloquée. C’est d’ailleurs ce qui se passe à chacune des  sorties du maitre du pays, sécurité oblige.

Chaque fois que le Président de la République sort de sa tanière pour aller faire pipi, acheter du pain, ou rendre visite à un de ses amis c’est le branle bas de combat ; des hommes en arme munis de lance flamme, de missile sol-air, de mitralletes et de tout autres engins sortis des dernières guerres d'europe se mettent en place pour sécuriser le parcours du chef. Le rond point du CCF est verrouiller, c’est la guerre à chaque sortie du Président et tant pis pour ceux qui ont des rendez-vous, tant pis pour "l‘économie", tant pis pour les malades qui voudraient accéder aux hôpitaux. Incroyable mais vrai.

Ce jour-là j’étais déterminé à me rendre à l’ONEMO. Pour ceux qui ne connaissent pas, l’ONEMO est le sigle de l’agence pour l’emploi au Congo Brazzaville. Comme dans tous les pays, tous les recruteurs sont obligés par la loi à transmettre leurs besoins en  recrutements à cette agence.

A Brazzaville, l’ONEMO est situé au quartier Mpila, quelques centaines de mètres après le port du beach, un endroit inaccessible, presque le  bout du monde pour beaucoup de chercheurs d’emploi comme moi. Pour m’y rendre depuis Makélékélé, il m’avait fallu payer deux courses de taxi soit 2000 FCFA, (une petite fortune dans ce pays et pour un chômeur comme moi).

Arrivée sur les lieux, l’endroit était presque désert mis à part des militaires en faction comme à l’entrée de tous les bâtiments administratif et les beaux véhicules des employés de l’administration.

Des chômeurs je n’en vis point ; je ne n’allais pas tarder à comprendre la raison de ce désert. Je hochais la tête en signe de bonjour pour chaque personne que je croisais en m’approchant timidement du panneau d’affichage. Là sur le panneau, les quelques offres d’emploi dataient du mois dernier ou même d’avant et n’étaient plus valables, on avait simplement oublié de les décrocher.

Pas content je demande à rencontrer la personne qui était chargée d’afficher les nouvelles offres d’emploi, on me montre son bureau et quelques minutes après j’étais devant l’employé chargé de collecter les offres d’emploi et de les afficher. Je lui dis ma surprise de ne rien trouver sur le panneau et il me répondit qu’il n’y avait effectivement aucune offre d'emploi depuis séjà plusieurs années.

Nous sommes à Brazzaville la ville la plus peuplée du Congo avec des milliers d’entreprises et vous me dites qu’il n’y a aucune offre d’emploi, même pas de manutentionnaire ? Non monsieur hélas, la seuledemande qu’on m’a transmis depuis deux semaines est cette demande de DRH avec 10 ans d’expérience ; si vous pensez remplir les conditions, laisser nous votre dossier.

Après avoir dit merci et au revoir, je repris un autre taxi à 1500 FCFA la course pour rentrer chez moi. La réalité est simple, officiellement il n’y a pas de job au job au Congo Brazzaville. Pour trouver un job ou faire des affaires au Congo Brazzaville il faut avoir un "Morabissi", (ça sera l’objet d’une autre chronique) ou connaitre les bonnes portes.

Brazzaville est en fait une ville de fonctionnaire qui sont payés exclusivement avec l’argent du pétrole, pétrole qui d’ailleurs ne crée pas d’emploi (avec le temps, même ma grand-mère qui ne sait ni lire ni écrire à fini par le comprendre). Des structures privées et des unités de productions il n’y en a pas beaucoup.

Brazzaville est infesté d’hôtels souvent vides toute l’année, le Congo Brazzaville n’étant pas une ville touristique puisqu’il n’y a quasiment rien à visiter, sauf les Nganda et les caves, ces lieux où on vous sert de la mauvaise bière qu’on boit au goulot dès 7H00 du matin. Là encore je me demand pourquoi dans ce pays on boit au goulot même dans les meilleurs restaurants, si vous avez la réponse, ça m'aiderait beaucoup pour comprendre ce drôle de pas.

Le pays est réputé dangereux et politiquement instable par les grands majors du tourisme mondial qui commencent le nommé par "le pays des biens mal acquis" ; les congolais sont en passe de devenir les champions de monde en techniques de dissimulation et en siphonage d’argent public qu’on nomme ici par les "antivaleurs" pour ne pas stigmatiser ceux qui s’y adonnent.

En fait c’est de vol et de corruption qu’il s’agit et, le vol et la corruption sont criminalisés alors que les antivaleurs ne figurent pas dans le code pénal. Je vous l’avais dit, c’est vraiment un drôle de pays.

Vous comprenez pourquoi l’hyper activité de la ville de Brazzaville ne crée aucune richesse ni emploi et pourquoi il n’y a pas d’économie au Congo.

Je vous l’avais dit, c’est un pays pas comme les autres, un drôle de pays qui ne sait pas quelle direction prendre, un pays qui tourne en rond, un pays même pas capable de faire comme les autres pays.

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Published by PatrickEric - dans Culture
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